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OMBRE / éd. SilvanaEditoriale, 2009

« La contemplation des moulages de ces corps surpris par l’éruption du volcan constitue une expérience exceptionnelle que le photographe s’emploie ici à réactiver. Ses images soulignent notre perplexité devant la mort qui a arrêté ces êtres dans leur mouvement et les a proprement pétrifiés. Mais le photographe cadre également des instants de vie au milieu du ballet incessant des visiteurs autour des vitrines ; il fixe des interrogations, des dialogues, aussi bien que la solitude devant le mystère. Et en regard de ces scènes, il suggère l’histoire du site avant l’éruption. Les reproductions des fresques qui ornent les murs de Pompéi rappellent la vie enjouée de cette cité, en même temps qu’elles disent la lente désintégration de ces traces visuelles : certains des personnages peints sur les murs apparaissent comme des fantômes, des ombres précisément. Et en contrepoint de tous les mouvements que cette œuvre imprime entre le passé et aujourd’hui, entre présence et disparition, ne faut-il pas considérer l’installation du grand corps gisant comme le symbole d’une figure résistante, éternelle, voire religieuse, son auteur précisant qu’il fait explicitement référence au célèbre tableau du Christ mort du peintre Mantegna ? »

Gabriel Bauret

CREATOR VESEVO

“Il me fallait un photographe pour cette opération unique et grandiose, pour ces éruptions sculpturales, afin que, quoi qu’il advienne dans cent ans, on garde les images de ces carrières aux cercles infernaux jamais photographiées, de ces blocs arrachés à la Montagne, de ces scalpellini, torses nus, qui pénétraient dans les blocs pour les dompter, de ces ascensions créatrices nées des coulées du coeur de l’alma mater, de ces instruments qui transportent, découpent, élèvent et qui ont l’air preparés pour torturer des Titans de lave aux membres de feu. Ce photographe ne pouvait être qu’Alain Volut qui sait prendre dans son Leica la lumière que les choses et les êtres déflorent le temps d’un déclic et pour un temps infini, qui sait depuis longtemps déjà donner son à la pierre et mouvement à la chair. “

Jean-Noël Schifano

                                          CREATOR VESEVO / éd. Gallimard, 2008

L'AFRIQUE UNIVERSELLE

“A bonne distance de ses photographies, des pierres ramassées, des figurines achetées sans violer les règles de l’art, à égale distance du cosmique et de l’humanisme, Alain Volut restitue dans une même vision le saisissement, l’admiration, la crainte du premier regard sur la beauté du pays Dogon, et la familiarité quotidienne avec le sacré, la famille, la langue secrete, le rythme des interdits et des cérémonies qui ont tant fasciné les ethnologues. Mais Alain Volut n’a rien d’un ethnologue. Comme Michel Leiris, qui fut un grand poète, Alain propose et impose une vision poétique des Dogon. Dans la sombre lumière d’un cadre medieval, il nous rend le soleil au zénith et les nuits étoilées ; au coeur d’un monde urbain et pressé, il nous rend la lente sagesse et le rire des Dogon. C’est le privilège des artistes, qui de leur vision personnelle font un miel pour être consommé par tous. Pour qui connaît le pays Dogon, ce seront d’émouvantes retrouvailles. Et pour qui ne le connaît pas encore, ce sera une découverte inoubliable : l’Afrique prochaine et juste, l’Afrique universelle, l’Afrique de la famille, l’Afrique du monde.”

Catherine Clément

                   TERRE NATALE, pays Dogon / éd. Peliti associati, éd. du Patrimoine, 2007

LE MADRI DI CAPUA

LES DEUX VOIES

“Une cosmogonie par images qui s’égrène par correspondances entre les contraires, dissolvant la ligne du temps en un écoulement perpétuel, en un processus fluvial des formes qui se font et se défont. C’est une lentille héraclitienne qui semble guider le regard d’Alain Volut dans son voyage aux sources du peuple Dogon, où une circularité infinie embrasse les hommes et les choses, les êtres animés et inanimés, la vie et la mort en une chaîne de métamorphoses intarissables qui finit juste là où elle a commencé, dans ce point du cercle où comme le dit l’obscur essai d’Ephèse, “commencement et fin font un “. Entre se faire hommes et devenir dieux s’ouvre une chaîne interminabile de génération et régénération que quelques photographies de Volut fixent au-delà de toute explication. L’enfant qui semble faire corps avec le vieillard, ainsi l’image d’une vieille déssèchée, qui n’est même plus femme, exibe le résidu fossile de l’être, arbre vivant. Reconduisant l’humain aux charpentes ultimes de l’être d’où la vie reprend à se frayer un chemin.. Alain Volut se projette dans la mystérieuse complexité de la symbologie Dogon avec une stupeur poétique capable de fixer l’instant où la vérité scintille dans un visage et un corps.”

Marino Niola

                                                  TERRA NATALE / éd. Peliti Associati, 2005

                       Nel LABIRINTO del TEMPO / éd. Paparo edizioni, 2001

CORRESPONDANCES

“Cet artiste photographie les fils invisibles, le murmure sans fin du temps qui font de la Campanie une terre toujours antique et sans cesse nouvelle. Il photographie le souffle profond du lieu, saisit la persistance de la mémoire. Volut évoque la trame vivante de l’histoire et parvient à la rendre transparente. C’est bien en nous montrant ce qui change à la surface qu’il nous dévoile ce qui vit encore dans le profond, l’antiquité entière que nous hébergeons. Il photographie cette unité mystérieuse, cette compénétration d’époques qui fut la raison profonde du Gand Tour, quand la culture de l’Europe regardait à cette terre comme pour scruter les entrailles encores chaudes et palpitantes de l’histoire, pour apprendre la leçon du temps inscrite dans cette stratification ininterrompue et souterraine, immémoriale come une géologie de l’imaginaire. Volut photographie l’essence mythique de ces lieux et la saisit dans l’entrelacement millénaire de culture et nature. Un tissage humain, architectonique et artistique également fin, dans lequel les hommes semblent descendre et remonter le courant du temps. C’est une invitation au voyage pour tous ceux qui veulent se perdre dans les labyrinthes du temps, dans la mystérieuse géographie de l’âme campane”.

Marino Niola

LE GOUT DE L’OMBRE

“Tu les regardes : ils sont là et ailleurs, dans le présent et dans le passé. Tu aimes que leur immobilité soit faussée par le geste qu’ils continuent de faire : un geste qui est au corps ce que l’instantané est à l’image…Tu suis des yeux ceux qui passent, ceux qui s’accoudent, ceux qui reculent. Tu as le sentiment que, de tous ces mouvements, un figure va naître, une sorte d’idéogramme qui donnera un sens à ta presence au croisement de tous ces visages et de tous ces gisants. Tu devines que cela pourrait prendre la forme d’un silence dont la flamme d’air flotterait au-dessus de l’un de ces personnages de plâtre coulés dans le vide que laissa leur corps en fondant. Tu revois soudain la pluie de pierres : pourquoi ne pas en disposer quelques-unes de manière à faire surgir en pointillé un corps disparu, et qui semblerait ainsi en train de remonter du fond de la terre…Tu apprécies cette hesitation entre l’image, le caillou, l’humain et le mineral...Tu cherches un point de vue qui donnerait sur le temps advantage que sur l’espace : une sorte de veine temporelle passant à travers le présent, et par laquelle ton regard irait prélever des échantillons de l’autre vie…Tu as l’impression d’avoir frôlé l’Image, non pas celle qui figure, mais celle qui exprime…Tu laisses là ton squelette en projet et tu retournes vers les cages de verre et te vient le désir de savoir non pas qu’est-ce que le temps mais en quoi est-il ?... Tu revois le grand Abandonné cloué au sol par les cailloux qui le composent ; tu vois les grands dormants qui ne se réveillerons plus jamais parce que ne fut fossilisée que leur absence…Tu te demanderas plus tard : Qui est-ce ? Ou bien : Qui est là ? Et ce sera peut-être l’amour et son paradis perdu à moins que, devenu enfin l’ombre de toi-même, tu ne te reconnaisses plus dans l’attitude qui fut ton dernier geste...”

Bernard Noël
   OMBRE, trilogia / éd. Electa Napoli, 2000

                                    CREATURE / éd. Electa Napoli, 1999

L’UNIVERS INVISIBLE

“ Dans ces images il y a tout l’univers de l’enfance, avec sa stupeur, ses jeux, ses aventures, sa mélancolie. Ces images laissent place aussi à des révélations inattendues, elles nous restituent la merveilleuse sérénité de l’enfance. Alain Volut nous montre un monde intérieur. Il nous offre un témoignage d’une grande force éthique. Ses photographies sont riches de silences. Dans l’acte de prendre une photo, de voler un photogramme, il semble vouloir costruire, plus qu’une séquence de portraits, un grand paysage de l’âme. C’est un voyage au coeur profond des peurs, des sentiments les plus cachés, des solitudes, des rêves. Son style, fait de continuels contrepoints esthétiques, est une danse de l’oeil au coeur de la vie de chaque jour qui nous donne, avec grâce et ironie, une clef pour mieux connaître le sens profond de vivre. Quand il était enfant, il rêvait d’étudier les étoiles, de connaître les origines de l’univers. Quelqu’un a dit que l’univers entier est en nous. Alain Volut, avec son oeil, comme une longue-vue dirigée vers le ciel, scrute aujourd’hui cet univers qui est au-dedans de nous.”

Gianluigi Colin

SOUVENIRS ET PHOTOGRAPHIES

“J’ai compris le sens des interventions d’images dans la ville de Ernest Pignon-Ernest, le jour où un photographe, dont la fonction, comme celle de tous les vrais photographes est de montrer ce que je ne sais pas voir, m’a parlé de Naples : des gisants d’autres siècles, des papiers d’aujourd’hui, traces de traces, échos de réminiscences. Ces photographies construisent un parcours, un reportage, un récit. Le choix du noir et blanc, le choix de laisser les lumières moduler les espaces et les matières joue avec le graphisme de l’artiste. Ce travail comporte une dimension documentaire, établit un dialogue entre le photographe, qui s’incarne comme habitant de Naples, regardeur de la ville, et l’artiste, absent, qui a laissé ses traces. Il reste, sur la pierre, le dessin écorché d’un homme en perdition dont les pigments si noirs apprivoisent les aspérités d’un vantail. Une volonté s’est confrontée à un regard, et par delà le temps je crois que j’ai vu davantage.”

Christian Caujolle

                                VICOLI delle MEMORIA, éd. Electa Napoli, 1996

                 Au hasard des rues, Dietro l’angolo / éd.Electa Napoli, 1995

EN SILENCE AU HASARD DES RUES

“Son monde c’est la rue. Celle des métropoles et des pays de la vieille Europe : Berlin, Prague, Paris, Barcelone, Lisbonne, Séville, Naples, Palerme. Il à l’oeil vigilant, l’esprit aigu, il sait saisir les fragments, les détails de la vie qui constituent, pour lui, l’univers. La photographie, pour Volut, c’est marcher des heures et des heures, en silence au hasard des rues, sans cesse à l’affût de l’inattendu, même infime, mais frappant et révélateur. Il a saisit en profondeur la diversité entre les villes d’Europe du Nord et les villes méridionales. Une autre contradiction que Volut ressent et communique, c’est celle entre l’image froide du monde moderne et l’image affligée du monde archaïque qui disparaît avec les derniers signes de la tradition paysanne ; le conflit entre l’individu et la métropole ; le sens maternelle des sociétés antiques ; les perplexités qui entourent l’idée de progrès ; séduit et effaré par la solitude, entre ironie et mélancolie.”

Corrado Stajano

SOUVENIRS ET PHOTOGRAPHIES

“J’ai compris le sens des interventions d’images dans la ville de Ernest Pignon-Ernest, le jour où un photographe, dont la fonction, comme celle de tous les vrais photographes est de montrer ce que je ne sais pas voir, m’a parlé de Naples : des gisants d’autres siècles, des papiers d’aujourd’hui, traces de traces, échos de réminiscences. Ces photographies construisent un parcours, un reportage, un récit. Le choix du noir et blanc, le choix de laisser les lumières moduler les espaces et les matières joue avec le graphisme de l’artiste. Ce travail comporte une dimension documentaire, établit un dialogue entre le photographe, qui s’incarne comme habitant de Naples, regardeur de la ville, et l’artiste, absent, qui a laissé ses traces. Il reste, sur la pierre, le dessin écorché d’un homme en perdition dont les pigments si noirs apprivoisent les aspérités d’un vantail. Une volonté s’est confrontée à un regard, et par delà le temps je crois que j’ai vu davantage.”

Christian Caujolle
Napoli su carta / éd. Electa Napoli, 1994
Abbazia del Goleto / éd. EFI, 2007

                                 Le Donne di Paestum / éd. EFI, 2008